Pour changer un peu de thèmes, chaque dimanche (ou semaine) je vais présenter une des 47 préfectures japonaises. Chaque semaine j’alternerai chaque région du Japon en commençant par le Nord (Hokkaidō) puis le Nord Est, le Nord, la région de Tōkyō, le Centre, l’Ouest et enfin le Sud et les îles méridionales.

Hokkaidō (北海道) est à la fois la plus septentrionale des îles de l’archipel. Elle correspond à une région (Nord) mais aussi à une préfecture (la plus grande). Le chef lieu de la préfecture est Sapporo, c’est la ville la plus peuplée de l’île. Parmi les habitants d’Hokkaidō vivent une minorité d’Ainus qui étaient jadis majoritaire et qui sont probablement les premiers Hommes à avoir fouler le sol japonais.

L’ancien nom de l’île était Ezochi qui provient d’un dialecte Ainu. Une grande partie des toponymes de l’île viennent de la langue Ainu comme par exemple le pin d’Hokkaidō (Ezomatsu). En 1868, un groupe mené par des fidèles de Tokugawa déclara l’indépendance de l’île sous le nom de République indépendante d’Ezo. La rébellion fût vite écrasée et l’île resta longtemps divisée en 4 départements après la restauration Meiji.

D’un point de vue géographique, l’île est située au Nord au Japon. Elle est entourée de la mer du Japon, de la mer d’Okhotsk et de l’océan Pacifique. Le territoire est recouvert de 71% de forêts et 16% de terres agricoles. De nombreux parcs nationaux existent. Enfin, les jeux olympiques d’Hiver ont eu lieu à Sapporo en 1972. Le sommet du G8, présidé cette année par le Japon aura lieu à Hokkaidō début juillet. Il se tiendra au sud de l’île, près du lac Toya et des forêts, et l’un des principaux thèmes sera le réchauffement climatique !

Le Tanuki (タヌキ) ou chien viverrin (Nyctereutes Procyonoides) est un animal qui ressemble à un raton-laveur mais qui appartient à la famille des canidés. C’est le seul canidé qui hiberne et la seule espèce du genre Nyctereutes.

Ce petit canidé hibernant est plus un opportuniste qu’un prédateur, il se nourrit de petits rongeurs, de charognes, d’oeufs, et d’insectes entre autres. Son poids augmente à l’automne en vue de faire des réserves pour son hibernation !

Alors pourquoi parler du tanuki (qui est le nom donné uniquement au Japon pour cette espèce) ? C’est une créature qui fait partie de l’imaginaire des Yōkai de la forêt. Il est représenté au Moyen Âge japonais sur des rouleaux avec d’autres Yōkai. Une des caractéristiques du tanuki sur ces représentations est qu’il possède des testicules hors catégorie, qui lui servent de parapluie ou pour la pêche. Pratique le gadget ! :) Ils peuvent aussi se transformer en plaçant une feuille d’arbre sur leur tête, à la manière du Kitsune (renard).

Le Tanuki est toujours à la mode au Japon. Isao Takahata lui a rendu “hommage” en 1994 dans le dessin animé Pompoko. Le cri du tanuki le plus répendu est “Ponpokopon” (ポンポコポン). Il revient souvent dans beaucoup de manga et animés.

Le Sushi (寿司) est un plat emblématique de la cuisine japonaise. C’est une préparation de riz et non de poisson comme on le croit souvent bien qu’il y en a dedans (du thon).

Le sushi se prépare avec du vinaigre de riz, du sel et du sucre. On peut y ajouter toutes sortes d’ingrédients. A l’origine le riz du sushi servait à conserver le poisson. Le sushi se mange avec des baguettes ou avec les doigts. On peut lui ajouter du wasabi bien qu’il en contienne en général, puis on le trempe dans de la sauce de soja.

Il existe plusieurs sortes de sushi comme vous pouvez le voir sur l’illustration. Ce sont les plus répandus. Le negirizushi (握り寿司) est le plus connu, c’est une boule de riz vinaigrée sur laquelle est posée une tranche de poisson. Le makizushi (巻き寿司) est une feuille d’algue séchée sur laquelle on étale du riz puis du poisson et des légumes, le tout est roulé pour donner le sushi si populaire. Enfin, le temakizushi (手巻き寿司) est un cône formé d’une algue séchée remplie de riz, de poisson et de légumes ! Itadakimasu !

Non ce n’est pas l’année de création des Kanji, loin de là ! En fait c’est le nombre de Kanji recommandés à l’usage général par le Conseil de la Langue Japonaise, un organisme du ministère de l’éducation nationale japonais. Ces 1945 kanji sont nécessaires pour pouvoir lire (et accessoirement comprendre) entièrement un journal nippon. Ils ont été redéfinis en 1981 par le ministère.

La langue japonaise comporte deux syllabaires, appelés les Kana. Ils sont divisés en deux groupes. Les hiragana permettent d’écrire les terminaisons des verbes et adjectifs ainsi que les particules et certains adverbes et onomatopées. Les katakana servent à écrire des mots d’origine étrangères, ainsi que des onomatopées. Ils ont aussi pour fonction d’insister sur un mot, un peu à la manière de notre écriture italique pour mettre en valeur un terme.

Les Kanji ont été introduit au Japon vers le IVème siècle via la Corée. Ils ont été utilisés pour retranscrire la langue japonaise qui ne possédait alors pas encore de système d’écriture. Kanji (漢字)signifie “caractère (字) des Han (漢)” (dynastie chinoise des Han). A titre d’exemple, les Kanji représentent environ 80% des signes dans un article de journal ! Il est donc important de les apprendre quand on se lance dans l’étude de la langue :)

Au Japon, l’étude des Kanji se fait en deux temps. Le petit japonais doit connaître 1006 signes à l’issue des 6 années qui composent l’école primaire. Ces 1006 premiers caractères sont appelés les Gakushuu Kanji. Au collège, l’étudiant apprend les 945 kanji restants appelées Jōyō Kanji, c’est à dire kanji d’usage général.

Pour vous lancer dans cet apprentissage qui paraît difficile mais qui est au final très amusant, il est nécessaire d’acheter certains livres. Je vous conseille le “Kanji to Kana” de Wolfgang Hadamitzky et Pierre Durmous aux éditions Maisonneuve (ISBN 2-7200-1057-X) qui est très critiqué par certains mais qui est très utilisé en licence de japonais. Cela n’engage que moi mais je trouve qu’il est très complet, malgré un vocabulaire proposé des fois pas très utile. Vous pouvez également vous procurer le tome 3 de la méthode assimil qui reprend un peu à la manière du “Kanji to Kana”, les 926 caractères abordés dans les 2 tomes. Enfin, un livre, qui est je dirais indispensable à l’écolier japonais, puisque très utilisé à l’école primaire japonaise, est le Kumon Gakushuu Kanji qui est un livre ludique, bien illustré, facile d’approche avec du vocabulaire usuel et utile !

Osamu Tezuka (治虫 手塚, 1928-1989) est un dessinateur de manga et animateur, character designer, producteur et scénariste d’anime. Il est considéré comme celui qui a inspiré nombre de mangaka des générations suivantes. Hayao Miyazaki se considère d’ailleurs comme un de ses disciples, c’est peu dire ! Il était fasciné très jeune par les dessins animés de Walt Disney dans les années 30. C’est cela qui a déclanché chez lui la vocation de dessiner et créer des mondes imaginaires.

Ses oeuvres les plus connues (en dehors du Japon) sont Astro Boy, Le Roi Léo et Black Jack. Il a crée près de 700 manga), et apprécie surtout aborder des thèmes fantastiques et ayant attrait à la science fiction. Sur la fin de sa vie il s’est plus consacré à des oeuvres pour adultes.

Son dessin est clair, les images sont simples et l’humour est souvent présent dans ses manga. C’est lui qui a initié le fameux trait des grands yeux typiques à beaucoup de BD nippones. Un musée est consacré à sa vie, son oeuvre dans la ville où il a passé son enfance, Takarazuka. La ville de Kyoto lui a également rendu hommage en ouvrant un petit musée et une salle de cinéma ainsi qu’un magasin de produits dérivés.

Hokusai (北斎, 1760-1849) est un artiste japonais qui est connu pour être spécialiste de l’Ukiyo-e, l’estampe et la peinture populaire qui a connu un âge d’or à la fin de l’époque Edo avec des peintres comme lui ou Hiroshige.

Ces estampes ont influencé beaucoup de peintres européens comme Gauguin, Van Gogh et Monnet qui revendiquaient les travaux d’Hokusai comme influence directe. En 1831, son oeuvre majeure paraît, il s’agit des 36 vues du Mont Fuji qui aura une reconnaissance mondiale. La fameuse “Vague de Kanagawa” (ci-dessus) fait partie de ses vues. On peut y voir le Mont Fuji en arrière plan. Deux ans plus tard il publie “Manga” qui est un recueil de ses croquis. Le terme “manga” peut se traduire par “images (画) divertissante, dérisoire (漫)” ou “esquisse rapide”. Hokusai est historiquement à l’origine des manga et c’est grâce à lui que le mot s’est propagé en Europe, mais le véritable père du manga moderne est et restera Osamu Tezuka.

Alors que nous sommes déjà à mi chemin du printemps dans l’hémisphère nord, les dernières feuilles de Sakura sont probablement tombées dans le nord du Japon. Je veux ici parler d’un phénomène très suivi au Japon, le Hanami.

Le Hanami (花見) est le fait d’observer (見) les fleurs (花) de Sakura fleurir. C’est une période qui commence à Okinawa dès Janvier du fait du climat tropical qui y règne. En effet on peut situer le Japon comme suit : Sapporo (nord) se situerait au niveau de Bordeaux et Okinawa aux mêmes latitudes que le Maroc ! Il existe donc des climats très variables au Japon. C’est pourquoi les derniers arbres fleurissent seulement maintenant à Hokkaidō. En général les médias et les bulletins météo tiennent au courant de l’évolution du Hanami et de sa ligne de propagation qui grimpe chaque jour à mesure que les températures s’adoucissent.

Regarder les fleurs de cerisiers mais aussi celles d’abricotiers (ume) est donc une opportunité de fête et de réunion en famille ou entre amis pour déguster du saké ou pique-niquer :) On peut dire aussi que le Hanami est au printemps ce que le Momijigari (la chasse aux feuilles d’automne) est à l’automne. Je reviendrai sur cela en temps voulu donc pas avant octobre !

Le mot Yōkai (妖怪) signifie “phénomène étrange dont on se méfie”. Ils sont un ensemble de fantômes, monstres, créatures imaginaires, esprits, divinités locales qui appartient aux traditions populaires japonaises. Les Yōkai sont souvent associés aux rites shintō et au bouddhisme alors que les vraies divinités de ces religions ne font pas parties de ce groupe. Ils sont présents dans des contes anciens et des estampes de deux périodes. Tout d’abord pendant l’ère Heian (~ 700 ap J-C) où ils font leur “apparition” puis pendant l’ère Edo, le moyen âge japonais, qui a vu se développer un commerce avec les hollandais d’abord avant la fermeture totale du pays, puis à la fin de l’ère Edo au XIXème siècle quand le shogunat est tombé, laissant la part belle à toute sorte de légendes urbaines et monstres en tous genres.

Shigeru Mizuki, un mangaka reconnu de gekiga, a été très fasciné par les Yōkai et les a beaucoup étudiés. En 2007, il a remporté le prix du meilleur album du festival d’Angoulême pour NonNonBâ qui met en scène des Yōkai. Depuis il a sorti “Yōkai, dictionnaire des monstres japonais” en deux volumes (A/K et L/Z) qui regroupe plus de 500 de ces créatures du bestiaire nippon.

Le nom de ce blog est d’ailleurs tiré de l’un de ces monstres. J’ai raccourci le nom pour proposer une adresse correcte. Il s’agit de Happyaku Yadanuki qui signifie “les 800 (happyaku) blaireaux”. Ces Yōkai font partie du groupe de créatures pouvant se métamorphoser. Leur histoire se déroule au mont Iyo Matsuyama sur l’île de Shikkoku. Ils sont réputés pour chasser les renards et donc aider les populations locales qui leur en sont reconnaissantes. Enfin voilà pour l’anecdote :)

Pour continuer sur ma lancée, je vais aujourd’hui parler d’un autre jeu souvent assimilé au Japon bien qu’il n’en soit pas originaire au même titre que le jeu de Go. C’est un jeu qui se joue sur une grille. Ses ancêtres sont des carrés magiques d’abord apparus en Chine et en Inde. Le jeu du Sudoku dont le succès grandissant est mondial a été défini en 1979 et est inspiré du carré latin.

Il n’y a que l’étymologie du nom Sudoku (数独) qui vient du Japon. C’est une abbréviation d’une phrase qui résume bien le but du jeu : “Suuji wa dokushin ni kagiru” (数字は独身に限る). Le sens de la phrase est “il ne peut avoir qu’un unique chiffre” (sous entendu par ligne et par colonne). La grille classique de Sudoku se joue avec les chiffres de 1 à 9 sur des grilles 9×9 contenant des sous grilles 3×3. Il ne peut avoir qu’une seule fois un exemplaire du chiffre dans chaque sous grille. Il existe plusieurs variantes dont certains pour les enfants (4×4, 5×5…).

J’ai eu l’occasion de programmer un outil de résolution de grilles de Sudoku lors de ma première année à l’IUT. Le sujet était imposé par le prof dans le cadre d’un TP noté en algorithmique. Le but était de résoudre une grille de Sudoku passé en entrée le plus rapidement possible. Le prof notait la méthode choisie pour résoudre la grille et le temps de résolution (calculé en ms) grâce à l’outil time de Linux. Dans mon groupe, on a choisi la méthode de backtracking (retour sur trace) qui consiste par exemple à mettre 1 dans la première case puis 2 dans la deuxième, et de tester ainsi de suite jusqu’à trouver une contradiction. Le projet était très instructif mais je ne m’étalerai pas plus sur le sujet, je voulais juste présenter ce petit jeu de réflexion, pas nippon ni mauvais d’ailleurs :D

Mieux connu chez nous sous le nom de jeu de Go. C’est un jeu d’origine chinoise (Wéiqí) qui est apparu il y a presque 3000 ans dans la Chine antique. Les premières traces écrites le mentionnant remonte à l’époque de Confucius (~ 500 a.v J-C). Pourquoi faire un article sur un jeu chinois ?

Jeu de Go

Tout simplement parce que la culture japonaise a été très influencée par la culture chinoise. Les émissaires des premiers empereurs japonais allaient en Chine et importaient les techniques et savoirs chinois. De plus, le Go utilise beaucoup de mots d’origine japonaise.

Le jeu de go (囲碁) oppose deux joueurs ayant chacun des pierres de couleurs blanches et noires. Une pierre est assimilée à un soldat. C’est le plus ancien jeu de stratégie. Les chinois l’utilisaient pour imaginer des stratégies de combat. Le jeu se joue sur un plateau appelé Goban. Le but est d’occuper le maximum de territoire possible. Les pierres (soldats) encerclés sont des prisonniers.

Le Go a été exporté d’abord en Corée vers le Vème siècle puis les japonais l’ont importé au VIIIème siècles comme beaucoup de concepts que j’aborderai plus tard (bouddhisme, écriture, thé…). Le jeu n’a pas connu de vrai succès au Japon avant le XXème siècle. Il s’est surtout ancré en Chine et en Corée. Le jeu a donc été historiquement introduit en 735 au Japon et était réservé à la noblesse. Les samourai l’utilisaient pour s’entraîner à des stratégies militaires. Le jeu s’est développé jusqu’à l’ère Meiji puis à partir de 1868 avec l’influence occidentale le jeu de Go a perdu de son importance. Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale le jeu retrouve un regain d’intérêt au Japon et il y a beaucoup de professionnels japonais hauts classés.